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Les espèces exotiques envahissantes

Le myriophylle à épis

Le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum) est une plante aquatique exotique envahissante submergée, d’origine eurasiatique. Sa présence au Québec remonte à 1958, mais son caractère envahissant s’est surtout manifesté dans les années 2000 (Jacob-Racine et Lavoie 2018). Le myriophylle se reproduit par propagation végétative. Les fragments se détachant naturellement de juillet à octobre peuvent, s’ils se déposent sur les sédiments être à l’origine de nouveaux herbiers (Grace et Wetzel 1978, Aiken et al. 1979, Madsen et al. 1988, Gagné 2021). Les humains propagent le myriophylle d’un plan d’eau à un autre en transportant des fragments sur leurs embarcations ou leur remorque (Boylen et al. 2006, Bruckerhoff et al. 2014). Le myriophylle à épis a un impact sur la biodiversité et sur la valeur récréative et économique des plans d'eau qu'il envahit.
Le myriophylle à épis forme des herbiers denses qui bloquent la lumière empêchant ainsi les plantes indigènes de survivre.

La biodiversité

Le myriophylle à épis a des effets sur la flore, la faune et les propriétés physico-chimiques des plans d’eau qu’il envahit. Les tapis denses qu'il forme en surface peuvent réduire la quantité de lumière en profondeur et affecter la croissance des autres plantes.
Les herbiers de myriophylle à épis nuisent aux activités récréatives sur les lacs. La baignade, la pêche sportive et la navigation sont grandement affectées si on laisse la plante proliférer.

La valeur récréative

Le myriophylle à épis a des effets importants sur les activités humaines. Il nuit aux activités nautiques, à la baignade et à la pêche sportive. 
La présence du myriophylle à épis dans un plan d’eau peut affecter la valeur des résidences riveraines.

La valeur économique

La présence de myriophylle à épis diminue l’esthétique d’un plan d’eau et peut affecter négativement la valeur des propriétés riveraines.

Planification d'une stratégie de lutte contre le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum)

Résumé de Gagné 2021

Le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum) est une plante aquatique exotique envahissante présente dans près de 200 plans d'eau au Québec et ailleurs en Amérique du Nord. Cette plante aquatique submergée à des effets sur la biodiversité et nuit aux usages des lacs. Les objectifs d'une lutte contre le myriophylle ne visent pas l'éradication de la plante, mais plutôt la réduction de sa biomasse. J'ai émis l'hypothèse que dans le cas d'un lac de dimensions modestes, il est possible de réduire de 95 % la superficie couverte par le myriophylle en déployant une stratégie mettant à profit les techniques de bâchage et d'arrachage manuel. J'ai testé cette hypothèse en 2020 et en 2021 au lac des Abénaquis (région de Chaudière-Appalaches, Québec) où on trouvait (2019) près d'un hectare d'herbiers de myriophylle. Au lac des Abénaquis, un bâchage avec toiles en fibre de verre a éliminé la presque totalité des tiges de myriophylle (-99 %) et a favorisé le retour rapide des plantes vasculaires indigènes. L'arrachage a réduit également la densité des tiges de myriophylle (-88 %) et a permis de maintenir un couvert en plantes vasculaires indigènes qui, autrement, disparaîtrait au profit de l'envahisseur. Le choix d'une méthode de lutte (bâchage, arrachage avec sacs-filets ou arrachage avec système de remontée par succion) dépend de la densité et de la superficie des herbiers, mais aussi de la présence d'obstacles (roches, troncs d'arbre, etc.), de plantes aquatiques indigènes et de la distance à parcourir entre les plants à arracher. Des règles de décision sont proposées dans ce mémoire. Le myriophylle colonise de nouveaux sites dans un lac grâce à sa propagation végétative par élagage naturel. Même en très faible abondance, il peut produire des milliers de fragments. Au lac des Abénaquis, près de 30 % des fragments de tiges développent des racines avant ou après s'être détachés d'un plant - les possibilités de réenvahissement sont donc élevées. La lutte nécessite un investissement important lors des premières années (lutte intensive), ainsi qu'un investissement plus modeste, quoique récurrent, lors d'une deuxième phase de travaux (lutte de maintenance). La lutte efficace contre le myriophylle est possible, mais elle est coûteuse et doit être minutieusement planifiée pour se voir couronnée de succès.
 Références : 

Aiken, S. G., Newroth, P. R. et Wiles, I. 1979. The biology of canadian weeds: 34. Myriophyllum spicatum L. Canadian Journal of Plant Science, 59: 201–215.
Boylen, C. W., Eichler, L. W., Bartkowski, J. S. et Shaver, S. M. 2006. Use of geographic information systems to monitor and predict non-native aquatic plant dispersal through north-eastern North America. Hydrobiologia, 570: 243–248.
Bruckerhoff, L., Havel, J. et Knight, S. 2014. Survival of invasive aquatic plants after air exposure and implications for dispersal by recreational boats. Hydrobiologia, 746: 113–121.
Gagné, V. 2021. Planification d’une stratégie de lutte contre le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum). Mémoire M.Sc. Université Laval, Québec.
Grace, J. B. et Wetzel, R. G. 1978. The production biology of Eurasian watermilfoil (Myriophyllum spicatum L.): A review. Journal of Aquatic Plant Management, 16: 1–11.
Jacob-Racine, R. et Lavoie, C. 2018. Reconstitution historique de l’invasion du Québec par le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum). Naturaliste Canadien, 142(3): 40–46.
Madsen, J. D., Eichler L. W. et Boylen, C. W. 1988. Vegetative spread of Eurasian watermilfoil in Lake George, New York. Journal of Aquatic Plant Management, 26: 47–50.